La journaliste indépendante Stéphanie Grosjean retrace son parcours pour éclairer les failles structurelles d’un secteur fragilisé,
mais aussi les pistes de renouveau qui redonnent du souffle et du sens à un métier en perte de repères.
Pour Stéphanie Grosjean, tout bascule après 2008 : « La crise financière de 2008 a frappé très fort la presse magazine ». Derrière cette phrase, un monde qui se délite : « Les recettes ont chuté, les moyens se sont raréfiés ». Les rédactions se contractent, les missions se précarisent.
Devenue indépendante, elle observe un effondrement progressif : « Le secteur du lifestyle s’est affaibli » ; « les tarifs pour les journalistes ont baissé ». L’épuisement devient structurel. Elle confie : « J’écrivais énormément pour gagner ma vie », jusqu’à
ressentir « une grande fatigue » et « une perte de sens ».
Une génération entière de journalistes vit désormais dans cette tension permanente entre passion et survie.
Chercher un souffle : l’audio comme espace de renaissance
Face au mur, Grosjean choisit l’audace : « Je devais réinventer ma pratique journalistique ». Le podcast apparaît alors comme un refuge créatif et un laboratoire de nouvelles formes.
Elle y explore un « journalisme incarné », où « le journaliste ne s’efface pas totalement ». Cette manière d’assumer sa propre humanité lui permet d’aller plus loin dans la relation aux témoins et aux auditeurs, tout en restant ancrée dans « la rigueur et la déontologie ».
Le podcast devient aussi un espace politique : « Il a permis à des voix minorisées de s’approprier l’espace médiatique ». Mais pas question de tomber dans la complaisance : « Il y a un juste milieu entre subjectivité assumée et déontologie ».
Informer sans accabler : l’essor d’un journalisme plus engageant
Dans un climat saturé d’angoisses, Grosjean défend une autre voie : le journalisme constructif. Celui-ci consiste, dit-elle, à « donner des pistes » et à poser la question essentielle : « Et maintenant, comment on fait ? ».
Ce changement de posture vise à « réduire le sentiment d’impuissance » des publics, mais aussi celui des journalistes eux-mêmes. Une manière d’éviter que l’information ne devienne un vecteur de désespoir.
Refonder les structures : solidarité et nouveaux modèles
Selon elle, la reconstruction passe par le collectif : « Il est important que les journalistes se fédèrent ». Cette conviction l’amène à créer un média associatif, Ouvrir la voie : « L’idée est de mettre la voix au centre ».
Elle veut y soutenir celles et ceux qui n’ont pas toujours la place de s’exprimer, notamment « les femmes et les personnes minorisées ». Même si « l’écologie reste un sujet de niche, difficile à financer », elle avance avec une détermination intacte. « Créer un podcast seule ne suffit pas », dit-elle : il faut inventer des structures, des réseaux, de nouvelles façons de travailler.
Par Louanne Equeter