Les transports en communs : des métiers d’avenir ?

À une époque où les liens sociaux s’effritent et où les conflits internationaux entraînent une hausse du prix du carburant, se déplacer devient de plus en plus coûteux. En Belgique, le prix des carburants a fortement augmenté ces dernières années, poussant de nombreux citoyens à revoir leurs habitudes. Les transports en commun apparaissent alors comme une alternative plus économique, mais aussi plus humaine. Le réseau TEC a d’ailleurs enregistré une hausse de fréquentation ces dernières années, avec plus de 150 millions de voyages en 2025. Pour comprendre cette évolution sur le terrain, nous avons rencontré Sylvie (nom d’emprunt), 31 ans, conductrice TEC au dépôt de Mons, qui nous parle de son métier.

Qu’est-ce qui vous a motivée à devenir conductrice de bus ?

J’étais éducatrice spécialisée, mais le métier ne me convenait plus tout en me laissant ce besoin de contact humain. Un ancien collègue, lui aussi passé au transport, m’a proposé d’essayer : l’idée d’un emploi stable en CDI, d’un permis en plus et d’un travail qui conserve le lien social m’a séduite. En testant, j’ai découvert que la conduite et le contact avec les usagers correspondaient bien à mes valeurs et à ce que je recherchais professionnellement.

Comment s’est déroulée votre formation pour devenir conductrice ?

La sélection commence par des tests (culture générale, logique, mises en situation) puis un entretien. Si on est pris on commence l’auto-école. La formation dure plusieurs semaines (en tout environ 8 semaines de formation pratique), avec une période théorique puis une prise en main du véhicule : manœuvres en dépôt, apprentissage du tableau de bord et du PFE (l’ordinateur de bord), et un quota minimal de kilomètres à effectuer avant l’examen (environ 1 000 km). Les formateurs sont aidants et recadrent bien les gestes techniques quand il le faut.

Gare et arrêt de bus TEC à Saint-Ghislain. © Louanne Equeter, 2026

Quelles qualités et quelles contraintes le métier exige-t-il au quotidien ?

Les qualités clés : beaucoup de calme, patience, maîtrise de soi, et bonne disponibilité. Les horaires sont variables (premiers départs très matinaux, parfois autour de 03h15, matinées fractionnées, soirées tardives), donc il faut accepter des amplitudes et s’adapter à une vie de famille parfois compliquée. Côté contraintes : gérer l’imprévisible (travaux, accidents, embouteillages), le stress des usagers et les incidents techniques. Le conducteur transporte des personnes (enfants, personnes âgées, personnes avec handicap) il doit donc assurer leur sécurité en permanence.

Le métier offre-t-il des perspectives d’évolution et le secteur recrute-t-il ?

Oui, à l’intérieur de l’entreprise il existe des possibilités (examens internes après quelques années) pour devenir contrôleur qualité, contrôleur réseau, travailler au service réclamation ou dans d’autres fonctions de bureau. Le secteur recrute (il y a eu des campagnes de recrutement massives) parce qu’il y a une pénurie de conducteurs, même si le poste a du mal à attirer à cause des horaires. On compare parfois avec d’autres opérateurs comme la SNCB : chaque entreprise a ses spécificités mais globalement la demande existe et augmente fortement.

Le métier est-il un « métier d’avenir » ? Quelles améliorations seraient nécessaires ?

Oui, parce que le transport en commun est un service public indispensable : il répond à des besoins réels (accès à l’emploi, écoles, mobilité pour les personnes à bas revenus) et restera nécessaire sauf révolution technologique majeure. Pour rendre le métier plus attractif et durable il faudrait : moderniser le véhicule (confort des sièges, meilleures suspensions), améliorer le PFE (GPS intégré, traçage et guidage pour les déviations), garantir l’accès aux sanitaires sur certaines lignes, et renforcer la sécurité au travail (prévention des agressions, coopération police-contrôle). Les grèves récurrentes s’expliquent en grande partie par la défense d’acquis sociaux et la recherche de meilleures conditions et sécurité (ce sont des réactions à des coupes budgétaire ou à des risques sur le terrain). En somme, c’est un métier qui peut durer et évoluer positivement, à condition d’investir matériellement et humainement.

Par Louanne Equeter